La traduction pour les nuls

Chers lecteurs,

Il y a quelques semaines, j’ai reçu un message de la part d’une jeune étudiante dans le cadre d’une enquête sur les métiers de la traduction.

J’ai bien évidemment accepté de répondre à ces questions, que je partage dans ce billet de mon blog.

1 – En quoi consiste le métier de traducteur ?

Un traducteur transpose – normalement – un texte écrit dans une langue étrangère vers sa langue maternelle. Si un traducteur traduit dans les deux sens, soit il est bilingue depuis son enfance soit il surestime ses capacités. Traduire est un exercice d’équilibrisme : il faut à la fois respecter le sens du texte source tout en créant une version lisible et parfaitement adaptée à ses destinataires, qui ne maîtrisent pas la langue du texte source.

2 – Quel est le cursus à suivre pour ce métier ?

En France, le métier de traducteur n’est pas règlementé. Cela veut dire qu’un cursus (Master 2) n’est pas obligatoire et un bon nombre de traducteurs n’a pas fait des études (Master 2) dans ce domaine. Cependant, cela peut être utile, afin d’acquérir les connaissances théoriques (théorie de la traduction) et pratiques relatives à la traduction (notamment les outils de traduction assistée par ordinateur – à ne pas confondre avec la traduction automatique !).

3 – Quelles sont les qualités requises pour ce métier ?

La rigueur, la réactivité (envers les clients), une bonne connaissance du domaine du texte à traduire, non seulement dans la langue source mais aussi dans la langue cible. Pour cela, le traducteur doit effectuer un véritable travail de recherche terminologique sur des sujets spécifiques, afin de bien connaître le lexique spécifique d’un domaine de spécialisation – les formations en ligne de courte durée, comme les MOOCS, peuvent être une excellente façon d’acquérir ou de parfaire ses connaissances dans un domaine spécifique – une spécialisation peut ainsi s’avérer utile. Une excellente maîtrise de la/des langue(s) source (niveau C1 du cadre commun de référence pour les langues), ainsi que de la langue cible (normalement la langue maternelle du traducteur) est essentielle. Les fautes d’orthographe et de syntaxe sont ainsi à proscrire.

4 – Quels sont les différents aspects du métier ?

Ce métier peut s’exercer en tant que salarié dans une agence de traduction (quoique de moins en moins), en tant qu’indépendant  (de plus en plus) ou alors dans les organisations internationales (institutions de l’Union européenne, l’ONU, l’OCDE, le FMI, l’OTAN). En ce qui concerne les traducteurs indépendants, ils peuvent travailler avec des agences de traduction et aussi prospecter des clients directs. Quoi qu’il en soit, les traducteurs indépendants établis en France doivent s’inscrire à l’URSSAF quel que soit le régime fiscal (autoentrepreneur, EURL, EIRL, entre autres), s’occuper des tâches administratives, de la comptabilité et de la prospection de clients – un site internet, ainsi qu’un compte dans des réseaux sociaux professionnels et des annuaires professionnels sont de bonnes façons d’être visible et d’attirer des clients potentiels. L’adhésion à des associations professionnelles de traducteurs, comme la SFT ou l’Aprotrad, est aussi importante. Un traducteur indépendant porte ainsi plusieurs casquettes, puisqu’il est un entrepreneur individuel.

5 – Est-il compliqué de trouver un emploi dans ce domaine ?

Comme indiqué dans la réponse précédente, les traducteurs exercent de moins en moins leur métier en tant que salariés. Donc, il faut se « faire une place au soleil » en tant qu’indépendant. Ce n’est pas facile pour plusieurs raisons :

  • les tarifs : très souvent, les agences de traduction imposent des tarifs assez bas aux traducteurs indépendants. Dans un contexte mondial de plus en plus concurrentiel, c’est difficile de proposer des tarifs qui permettent à un traducteur de vivre correctement. Cependant, c’est aux traducteurs indépendants de lutter pour la valorisation du métier et de bien définir et promouvoir la valeur de leur travail ;
  • la promotion de ses services : hormis les traducteurs salariés (de plus en plus rares) et ceux qui travaillent dans les organisations internationales, les traducteurs doivent promouvoir leurs services auprès de leurs clients potentiels (agences de traduction ou clients directs). C’est un travail de longue haleine, qui nécessite de temps, de patience et de persévérance. Il faut aussi apprendre à se différencier de ses concurrents. Une tâche ardue ;
  • la concurrence de la traduction automatique et de l’intelligence artificielle peuvent rendre le travail d’un traducteur assez difficile, car l’idée du remplacement de la traduction humaine par les machines séduit beaucoup d’esprits peu éclairés.

6 – Comment arrivez-vous à capturer l’essence du texte et la retranscrire dans une autre langue ?

C’est un exercice d’équilibrisme. D’une part, il faut bien comprendre le sens du texte source, le vocabulaire choisi, le contexte et la tournure des phrases. D’autre part, il faut respecter les caractéristiques de la langue cible et éviter les transpositions littérales d’une langue à autre. Chaque langue a ses propres caractéristiques et sa propre logique : on peut dire certaines choses d’une certaine façon dans une langue mais pas dans une autre.

7 – Quelles sont les erreurs à ne pas faire ?

Il y a plusieurs erreurs à ne pas faire :

  • ignorer le contexte et faire une traduction littérale ;
  • ne pas adapter la traduction au contexte culturel du destinataire (cela s’appelle localisation) ;
  • utiliser des calques, les faux-amis ou des anglicismes – exemple : « to collapse » n’est pas « collapser » (ce mot n’existe pas), mais « s’écrouler »
  • ne pas effectuer les recherches terminologiques nécessaires ;
  • ne pas soigner l’orthographe et la syntaxe du texte traduit ;
  • faire confiance aux outils de traduction automatique ;
  • accepter la traduction de textes dans des domaines qu’on ne maîtrise pas ;
  • accepter des délais de livraison trop courts.

8 – Comment bien préparer une traduction ?

Avant de traduire un texte, il y a plusieurs choses à faire :

  • une lecture attentive du texte, afin de repérer le vocabulaire spécifique, le sens du texte et saisir d’éventuelles ambigüités (cela va de soi, mais c’est toujours important de le dire) ;
  • la recherche terminologique, surtout s’il s’agit d’un document complexe relatif à un domaine très spécifique – en cas de doute, il ne faut jamais hésiter à contacter le client ;
  • la consultation de documents de référence peut aussi s’avérer nécessaire dans des domaines très spécifiques comme le droit, par exemple ;
  • la création de mémoires de traduction intégrés aux outils de traduction assistée par ordinateur – qui permettent d’enregistrer la traduction des phrases et des termes utilisés dans une traduction, pouvant être utilisés en cas de répétitions – est aussi importante – surtout si l’on est amené à traduire des textes répétitifs. Attention toutefois à vérifier le contexte des phrases du texte source, afin d’éviter un « copier-coller » hasardeux.

Ces étapes sont préalables à la traduction proprement dite, afin de bien la préparer. Ensuite, il ne faut pas non plus oublier l’étape de relecture, afin de détecter quelques erreurs et imprécisions avant de rendre le texte au client.

9 – La différence entre un traducteur et un interprète ?

Un traducteur transpose des textes écrits d’une langue source vers une langue cible. Il n’a pas besoin d’être en contact direct avec ses clients et il peut travailler chez lui. Un interprète est en contact direct avec ses clients – en face à face, lors d’une conférence ou d’une visite en milieu professionnel ou par téléphone – afin de transposer oralement et en direct le contenu d’un discours en langue source vers la langue cible.

10 – Avez-vous eu des difficultés à trouver une place dans ce milieu, ou était-ce en revanche assez facile de vous insérer ? (À vous de raconter votre parcours si vous le souhaitez..)

Ce n’est jamais facile, quel que soit son degré d’expérience. Il faut s’adapter en permanence aux évolutions technologiques du métier (notamment l’évolution des outils de traduction assistée par ordinateur). Il faut aussi actualiser ses connaissances terminologiques de son/ses domaine(s) de spécialisation et connaître les évolutions législatives relatives au métier de la traduction.

11 – Quelle est l’évolution possible dans le domaine de la traduction ?

Actuellement, on subit la concurrence de la traduction automatique et, surtout, de l’intelligence artificielle. Cependant, le travail des traducteurs humains est plus qu’indispensable, car les machines ne comprennent pas les facteurs extralinguistiques d’un texte (notamment le contexte lié à un domaine spécifique, ainsi que le contexte culturel, c’est-à-dire les références culturelles, ainsi que les jeux de mots, les expressions idiomatiques, l’humour, les références à l’actualité, etc.). Bref, les machines sont incapables de raisonner et d’exprimer des idées et des sentiments. Seuls les traducteurs humains peuvent les transposer et les adapter dans une autre langue.

Les traducteurs humains seront de plus en plus amenés à utiliser les outils informatiques, qui leur permettront d’automatiser certaines tâches (ce qui n’est pas une mauvaise chose). Cependant, ce sont eux, et pas les machines, qui devront avoir le dernier mot.

 

 

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